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Les jours où?

 Vivre au quotidien avec un rhumatisme c'est avoir des jours avec et beaucoup de jours sans. 

En principe, le suivi médical a pour objectif d'inverser la tendance. Toutefois, comme les jours où, sont toujours présents, l'on apprend à connaitre ce corps, cette âme qui souffre et comment être notre propre meilleur ami. 



Les jours où j'ai mal à en pleurer? 



-J'utilise des antidouleurs, même si cela signifie perdre un peu mes capacités cognitives. Je renonce à mon esprit le temps de quelques heures. 

-Je m'impose le repos, que ce soit m'allonger, m'assoir ou autre. Je renonce à mes activités, le temps d'avoir suffisamment d'énergie pour les faire.

-Je pleure. Les larmes libérant, je renonce à mon égo le temps de me soulager. Quitte à passer pour une pleureuse. 

-Je râle. Bon ça c'est parce que je suis française! Mais, en fait j'exprime à voix haute ce qui me cause du soucis, je libère mes maux par les mots. Je renonce à ne pas montrer mes émotions, je renonce au respect des conventions sociales. 

-Je m'occupe l'esprit, par la lecture, le dessin, une sortie, de la cuisine, du rangement, le travail. Je renonce à mon énergie physique, pour que mon énergie mentale puisse contenir à nouveau la douleur. 

-Enfin, j'engage un fort dialogue intérieur. Je me convainc, que la souffrance fait parti de la vie. J'accepte de la voir en face. Je la regarde vraiment. J'en délimite les contours. Je la qualifie. Je la décris. Je la quantifie. Et à force, ce dialogue intérieur, me permet mentalement de retrouver suffisamment d'énergie pour canaliser cette douleur qui me paralyse. Je renonce à évacuer la souffrance et la douleur de ma vie.   




Les jours où je suis exténuée? 



-Dès que je le peux, je me repose. Je renonce à ma vie sociale, à mes loisirs, à avoir une maison propre, juste parce que de toute façon, je ne peux pas réaliser toutes ses tâches. 

-Parfois la fatigue est aussi cognitive. Dans ces cas, je n'arrive pas à réaliser les activités qui me font du bien. Malheureusement souvent l'endormissement ne vient pas, non plus, car la fatigue cognitive augmente invariablement mon état de stress. Je renonce à mon épanouissement personnel, en me vautrant dans un fauteuil, un canapé, soit pour ne rien faire et comme disais Devos "ne rien faire, c'est déjà faire quelque chose"; soit pour m'avilir devant une émission TV sans intérêt particulier. 

-Parfois, la fatigue est surtout émotionnelle. J'en ait juste raz le bol. Dans ces cas, parler, écrire ou juste prendre le temps d'une introspection m'aident. Le mieux étant et reste le partage avec des proches. Passer du temps de qualité, avec ceux que j'aime, pour recharger mes batterie émotionnelle.  

-Si cela est possible, je pose une journée de télétravail supplémentaire et je réorganise ma journée de travail. Je renonce à mon image professionnelle, pour aménager au mieux mon poste de travail à mon besoin de ralentissement, de repos, de faiblesse cognitive, de fragilité émotionnelle ou autre. 

-Je prend assez rapidement rendez vous avec mon médecin traitant. D'expérience, je sais que si la situation dure, le niveau d'asthénie sera tel, que je devrai limiter mes actions au strict minimum: me lever, me laver, manger, et surtout être présente pour mes proches, pour le minimum de temps partagé de qualité nécessaire au bien-être de toute la maisonnée. 

-Je pose une journée de congé. Juste pour éviter un arrêt travail d'un ou deux jours, lorsque simplement trois journées de vrai repos sur un week-end un peu prolongé, totalement improvisé, peut me permettre d'accéder à un niveau d'énergie suffisant pour travailler. 

-J'annule toutes les tâches secondaires. Et elles sont nombreuses ces tâches secondaires: vie sociale, vie familiale, vie culturelle, vie de femme, pour n'en citer que quelques unes.

-Je réduis ma charge mentale. Je renonce à être une fée du logis, une femme fatale, une employée modèle, une super maman, une amie solide, une fille prévenante, une bru serviable.... bref à être une superwoman!



Les jours où, j'en parle.



 

-J'ai pris l'habitude de répondre le plus librement possible, lorsque quelqu'un voit que je fais une grimace, ou que je suis très cernée, et me demande comment je vais? La réponse automatique "ça va", je l'utilise encore, bien-sûr. Mais lorsqu'il s'agit de collègues, ou de proches, si j'ai vraiment mal, si je suis vraiment fatiguée, alors je complèterai cette formule laconique par ce qui préoccupe mon esprit à l'instant. 

-Le matin en arrivant au bureau, je préviens lorsque j'ai très mal, ou si j'ai pris des antidouleurs, car cela oblige mes collègues à développer quelques trésors de patience ce jour là. En faisant attention, mes collègues sont bien placés pour avoir une chronicité de mes poussées inflammatoires. 

-Lorsque j'étais face à des enfants ou des adolescents, certains codes de la communication non violente faisait parti de mes gestes professionnels. Ils sont extrêmement utiles les jours où, j'essaie de faire attention d'exprimer mon mal-être, en conservant ce qui m'appartient et en ne projetant aucune agressivité sur mon interlocuteur. 

-J'exprime ouvertement ce que je ressens, mon état de douleur et de fatigue, à mon entourage proche. Là où c'est compliqué, c'est que je ne veux pas faire peser sur mes amours, ce pour quoi de toute façon ils n'ont aucune responsabilité, ni ne peuvent faire grand chose. Mais en revanche, j'ai besoin, qu'ils comprennent où j'en suis ce jour là, pour adapter l'aide qu'ils vont me fournir dans la journée.  

-Je demande de l'aide, que ce soit pour réaliser une tâche absolument nécessaire à la vie d'une maison, pour disposer d'une bonne âme qui m'écoute, pour faire preuve de patience et ralentir le rythme. 





Très clairement, avoir une maladie chronique, m'a obligé à revoir ma notion d'intimité; car les jours sans, je renonce à faire peser sur mon entourage, ce que la fatalité a déposé si gentiment sur mon chemin de vie.  Mais les jours où, m'ont aussi appris à trouver des ressorts et trésors que j'ignorai jusqu'alors. 

Mes petits trucs pour tenir le coup.

 Vivre avec un rhumatisme inflammatoire chronique, c'est aussi apprendre à se réinventer, afin de ne pas sombrer. 


Alors j'ai des petits trucs et quelques astuces. Comme autant de petites béquilles qui m'aident à franchir les jours, les semaines, les mois et les années. 



  • Ecrire
Cela peut sembler bête, mais c'est terriblement efficace comme procédé. 
Que je décide un jour de publier ou non ce blog, ne change pas le fait que grâce à lui j'écris. Le fait de devoir organiser mes phrases, mes paragraphes, penser à des intitulés d'articles et m'apercevoir, que pendant 2 heures d'affilés j'ai écrit; me fait un bien fou. L'écriture comme exutoire. L'écriture comme objet de catharsis. L'écriture comme possibilité de se relire, de suivre à nouveau mon propre cheminement intellectuel. 


  •  Activités plaisir
J'aime lire, j'aime dessiner, j'aime le scrapbooking, j'aime me plonger dans un disney avec un paquet de pop corn, j'aime les documentaires, j'aime chanter. Pour d'autres, ce sera la couture, le tricot, le jardinage, la cuisine, la pâtisserie, l'appel téléphonique à un proche,...

Toutes ses activités sont toutes faisables, même les jours où vraiment je ne vais pas bien. Toutes s'exécutent depuis la maison, et nécessitent juste de se dire, que j'ai besoin de faire quelque chose qui me fasse du bien. Alors, c'est plus facile, lorsque l'on se connait bien. Mais nous avons tous au moins une activité, relativement peu énergivore, ou pas trop douloureuse qui nous permette d'améliorer la journée. 


  • Déplacements de loisirs.

J'ai aussi une seconde catégorie d'activités plaisir: concert, cinéma, théâtre, musée, restaurant, balade, parc d'attraction, voyage, sortie chez des amis, inviter des amis, accompagner mes proches dans les grands événements de leur vie,.... Mais toutes, nécessitent un minimum d'énergie, et accepter un peu de douleur (ou alors de se doper au préalable). Et cette seconde catégorie est potentiellement annulable à la dernière minute. Mais c'est une catégorie, qui rebooste énormément.   


  • Un suivi en santé mentale. 

Au quotidien, les difficultés, la charge mentale, la charge émotionnelle pèse. Elle est parfois tellement lourde, qu'une seule envie nous prend, nous effondrer, laisser courir le monde, sans nous de préférence. La douleur au quotidien, c'est avoir au quotidien un message nerveux négatif et douloureux. C'est vivre en permanence avec un élément négatif. On ne va jamais pleinement bien, je ne sais plus d'ailleurs ce que c'est que d'être bien. Il m'arrive de me demander parfois, si cela arrivait un jour, si je pouvais ne pas avoir un seul message douloureux, aucune souffrance physique, morale ou psychique un jour, saurai-je reconnaitre cet état? Avoir un suivi psychologique, c'est reconstruire son discours intérieur. C'est redéfinir, ce qu'est la douleur. C'est se redéfinir et finalement, même si il y a souvent des bas, il y a aussi une nouvelle saveur des hauts. De plus, pouvoir discuter de soi pendant une heure, sans interruption, sans être jugée, une fois par mois, par quinzaine, par semaine, tout dépend du niveau d'aide dont nous avons besoin; c'est assez rare pour s'emparer totalement de cette possibilité. Le psychologue, n'intervient pas pour nous bousculer, il nous assiste. Il permet de poser les mots sur nos maux, à notre rythme. De démêler les nœuds émotionnels, tellement inévitables avec le quotidien de paradoxes qu'est le notre. Il aide à mieux comprendre ce qu'il nous arrive et pourquoi l'on pense ainsi. Finalement, le psychologue n'enlèvera jamais ni nos douleurs, ni notre fatigue, ni nos désespoirs, mais il sera présent. C'est assez précieux, de constater que l'on n'est pas seul. J'ai donc pleinement et entièrement décidé de voir une psychologue tous les mois. C'est un moyen, efficace, pour décharger mes émotions négatives, les exprimer et reconstruire mon identité au delà de ma mauvaise santé. Cela aide à se construire une identité, certes blessée, certes marquée par la vie, mais qui au final peut vivre avec. C'est un conseil qui est donné à tous les malades, mais ils sont encore nombreux à refuser ce soutien. Pourtant nous en avons besoin, justement car nous sommes plus que les autres émotionnellement fragile. La dépression est la première comorbidité des maladies chroniques. Et ce n'est point preuve de faiblesse de l'admettre.


  • Oser parler à son entourage.
J'ai un regard tellement expressif, que même si je ne parle pas, mon corps le fait à ma place. Aussi, lorsque l'on me demande "si, ça va", je dit l'élément qui explique ce que perçois l'autre, sans forcément savoir le déterminer. Dire, "je suis un peu fatiguée aujourd'hui, mais ça va, je vais faire plus de pause", est tellement plus efficace, qu'un "oui, oui", alors que tout le reste du corps exprime et hurle un non. Mes collègues, savent quand ma journée est un peu plus difficile que les autres, et j'ose leur dire, car tout ce dont j'ai besoin, c'est qu'on ne me demande pas de faire une tâche urgente, si je viens de prendre un antidouleur, qu'on n'attende pas de moi que je m'exprime à la réunion de 15h, si j'en suis à ma troisième journée/nuitée de crise inflammatoire. Bien sûr, tout le monde n'écoutera pas, mais très largement, toutes les personnes que j'ai rencontrées, dans le cadre professionnel, qui m'ont demandé avec inquiétude "si j'allais bien", et à qui je répondais simplement, qu'aujourd'hui j'avais un peu plus mal que d'habitude, deviennent tous des alliés. Je ne dirai malheureusement pas la même chose, pour mon ancien poste. Être l'unique adulte référent d'une pièce, avec 25 à 40 enfants/adolescents, fait que vous ne pouvez pas vous permettre d'aller moins bien, même un seul instant, car c'est vous qui assurez la sécurité du groupe. Et c'est pourquoi, je ne suis plus certaine qu'un rhumatisant puisse à l'heure actuelle, avec les conditions non aménagées de certains postes, réellement exercer toutes les professions. 

La difficulté, est je pense, d'oser en parler, mais avec mesure. Les autres n'ont pas à supporter tous nos maux. Choisir d'exprimer ce qui ne va pas, et ce dont on a besoin est largement suffisant. Pour notre famille, pour les personnes avec lesquelles nous vivons au quotidien. J'ajouterai que comme la maladie est présente tout le temps, ne prend ni congé, ni WE, ni soirée, c'est encore plus important d'exprimer ses limites, ses difficultés, mais avec parcimonie, au risque de les épuiser eux, nos aidants. Il est très difficile de vivre au quotidien, avec quelqu'un qui passe sa journée à râler, souffler, geindre, se plaindre. C'est aussi une des difficultés qui arrive avec la dépendance. Lorsque l'on n'est plus vraiment maître de son corps, pour extérioriser on râle, on souffle. Parfois on est même en colère contre tout le monde, contre ceux qui peuvent, ceux qui font, ceux qui ne nous laissent pas faire, ceux qui ne sont pas patients, et surtout contre soi-même, contre ce corps qui ne peut plus, contre cet esprit qui ne suit plus, contre ces autres qui continuent sans nous. Vivre avec un rhumatisme qui nous impose des limites, c'est aussi, cela, comprendre ce que signifie vieillir bien avant l'heure. Mais c'est avoir la chance de changer notre façon d'être face aux autres, car on n'a pas envie d'être Tatie Danielle à 30 ans! 

 

  • Les interactions sociales. 
Comme je suis seule avec mes douleurs et ma fatigue, comme le parcours de santé a tendance à m'isoler, j'ai besoin d'interactions sociales. Voir d'autres personnes, discuter avec elles, m'autoriser à me décentrer de mon mal être, pour me centrer sur l'instant présent à vivre avec l'autre. Là c'est un sacré booster naturel. 

Evidement le travail est le premier moyen de maintenir les interactions sociales en dehors de la cellule familiale nucléaire et de son parcours de soin. Vient ensuite le cercle amical. Autant je suis reconnaissante de la famille que j'ai. Autant le fait d'annuler à la dernière minute, de ne pas être toujours disponible, même pour un appel (lorsque je tombe littéralement de sommeil en plein après midi!), a fait le tri parmi mes relations sociales. Alors je me dis, aussi peu nombreux peuvent-ils être, ceux qui sont là, à l'instant présent, ceux qui acceptent que je sois boiteuse, ralentie, ne me reprochent pas ma fatigue, ni que j'exprime ma douleur. Tout simplement ceux qui acceptent que j'ai changée, et que je changerai encore, sont la crème de la crème. Les relations à mon entourage sont vrais et sincères. Je n'attend pas non plus de réciprocités, ou d'intemporalité dans les relations amicales. Je sais bien que la vie a ses propres affres, et que l'on ne peut être présents pour les autres à 100% tout le temps. J'ai aussi appris que ce qui compte, c'est bien le partage sur l'instant donné, le temps que dure la relation. Et que c'est cet élément précis, qui est un euphorisant naturel, bien utile lorsque l'on vie au quotidien avec un mal intérieur profond.


  • Une activité physique régulière. 
Il a été prouvé que la santé globale s'améliore avec une activité physique régulière. Que le mouvement est essentiel pour réduire et ralentir les dégâts provoqués par le rhumatisme. Je ne peux que confirmer cet état de fait. Bien sûr que je fatigue très vite. Bien sûr, si je vais nager une demi heure, même sans forcer, je serai épuisée, j'aurai sûrement mal dès les premières brassées. Mais sur mon état de santé hebdomadaire, j'irai mieux. Je suis bien davantage fatiguée, lorsque je ne m'active pas. Je suis moins mobile, j'ai davantage mal, lorsque pendant une semaine, je n'ai pas fait assez de mouvements. Ce n'est pas seulement un mal pour un bien, ni une douleur à la place d'une autre, une fatigue physique à la place d'une fatigue émotionnelle. C'est aussi, une routine, un libérateur d'endorphine, une mobilité fonctionnelle maintenue. C'est surtout, le premier moyen de diminuer l'usage d'anti-douleurs, et d'anti-inflammatoires. L'inflammation est présente, la douleur est présente, mais l'activité physique, de part son action sur la chimie du cerveau, permet de réduire le besoin de recourir à des substituts chimiques.  

En revanche, il s'agit d'une activité physique adaptée. L'adaptatrice, celle qui tourne le bouton de l'intensité de l'activité, c'est moi; et personne d'autre. C'est assez difficile à expliquer, à des non soignants. Notre société et ses injonctions à la jeunesse éternelle! Notre société qui affiche une image stéréotypée de la bonne santé, de l'activité sportive, du corps sculpté, a beaucoup de mal, avec le fait qu'une personne en difficulté puisse être capable d'un exploit sportif un mois, complètement HS le mois suivant, voir dans l'incapacité de se mouvoir le mois d'après. Mon activité physique n'est absolument pas linéaire. Et j'ose le dire, mais j'ai beaucoup de mal à accepter les pseudo-coach sportif et leurs discours sur le lien entre volonté et pouvoir. Non, je ne pense pas qu'une personne obèse manque de volonté, ni que le simple fait qu'elle fasse de l'activité physique, aussi intense soit elle, lui permette d'atteindre un poids santé. Tout simplement, car bien que mes indicateurs santé s'aggravent tous si je ne bouge pas- je sais aussi que bien que je meuve, ce n'est pas pour autant que tout va pour le mieux, que mon état global ne s'améliorera pas pour autant. Il y a bien d'autres causes que la simple volonté individuelle. Ce n'est pas ma volonté seule, qui me permet de maintenir une activité physique. C'est la conviction personnelle, intime, corporelle, que ma santé se dégrade moins vite lorsque je bouge; qui est à l'origine de ma motivation à poursuivre. 

Même si j'en ai absolument conscience, même si je suis sûre de ce que je fais, j'avoue que cela me fatigue d'entendre les injonctions sociétales autour du sport. Que ce soit d'entendre des patients, ne pas accepter que si le monde médical nous dit de bouger, c'est qu'il y a réellement un effet bénéfique au mouvement. ou que ce soit d'entendre des soignants méprisants envers des patients qui ne savent pas comment bouger, lorsque le monde du sport ne leur propose que des activités inadaptés à leur difficulté. Un autre regard sur l'activité physique, la santé, le bien-être en globalité, nous aiderai tellement à accepter qu'il n'y a pas de règles à suivre, que rien n'est linéaire dans ce domaine et que l'important c'est de faire de son mieux.   



  • Un bujo (bullet journal), que je rempli au quotidien. 

    Trois pages me sont vraiment utiles. 

La page du traceur de mes deux principales compagnes de vie. Le graphique, donne une vision assez claire de l'évolution de la maladie. En fait il permet d'objectiver à minima ce qui m'embête le plus au quotidien. Ainsi, même si on ne peut pas parler de réel graphique objectif, je peux suivre globalement comment "Fatigue" et "Douleur" me pèsent au quotidien. C'est comme si compléter tous les soirs, ce petit graphique me permettait de déposer sur papier ce que je ressens, et que cela me pèse moins. D'ailleurs, je m'en sert pour préparer mes rendez vous avec mon médecin traitant. 

 


Le traceur d'activités physique. Ce ne sera jamais un traceur d'objectifs, de sport intense. Juste un moyen, en un coup d'œil de voir si j'ai continué à bouger durant le mois. Pour moi, c'est efficace, car cela me motive. Faire une petite croix en face d'une activité physique, c'est le moyen de dire à mon corps, que j'en reste quand même un peu maître. Et la séance de kinésithérapie est bien une séance d'activité physique, dans le sens de mise en mouvement. D'ailleurs le but de mon kiné, c'est d'abord de maintenir ma capacité locomotrice. Pendant des années, le discours médical insistait sur le repos. Tout simplement, car le monde médical n'avait pas encore prouvé ce que Montaigne savait déjà "Notre vie, n'est que mouvement." Il a fallu quelques années pour se rendre compte, que c'est en maintenant le mouvement -et l'on parle bien de mouvement, pas de sport extrême, pas d'intensité cardiaque ou d'efforts démesurés, mais d'une vie où l'on bouge- que les rhumatisants vont mieux. Alors même si ma séance de vélo d'appartement n'a pas été au delà de 10 minutes, même si je n'ai pas réussi à faire 400 mètres de brasse (quand on sait qu'à une période de ma vie je ne sortais pas de l'eau sans avoir au minimum nager 2000 mètres), même si j'ai mis 30 minutes pour marcher sur 500 mètres- je me suis bougé. Bien sûr que c'est douloureux. Mais ce qui est plus bizarre à expliquer, c'est que ça huile mieux. J'ai mal, voir très mal, mais je bouge mieux, je récupère en mobilité. Et puis il y a aussi toutes ces petites victoires du quotidien. Toutes les fois, où j'ai fait 30 minutes de vélo, ou j'ai marché pendant 3h d'affilé, ou j'ai nagé mon kilomètre avant de faire une pause. Lorsque je dessine ma petite étoile, c'est vraiment une étoile. Je suis fière de ce que j'ai accompli, j'ai confiance en mes capacités. On peut toujours faire, même si cela demande des aménagements, du temps, de la patience. On peut toujours faire, on peut toujours agir. Un autre effet notable de l'activité physique, c'est la libération d'endorphine. Et ça c'est un dopant naturel, assez efficace. Lorsque j'arrive à toucher mes limites, que je suis fatiguée parce que mes articulations ont tout données, alors je m'endors mieux. Et au moins, pour une fois, lorsque je dors, je dors au point de récupérer, jusqu'au réveil douloureux de 3h du mat!  




Alors, il est vrai que j'aime un peu le dessin. Mais en fait, avoir une page par mois, pour répertorier mon humeur, est un super outil de suivi de santé mentale. Cela peut m'indiquer, que je suis peut être un peu trop en colère en ce moment, et qu'il faut que je libère cette émotion, avant qu'elle ne me bloque. Au quotidien, vivre avec un rhumatisme inflammatoire chronique c'est enchainer les frustrations, les déceptions. Les émotions négatives s'accumulent parfois vraiment beaucoup. Pouvoir en faire le suivi est finalement déjà un moyen de les exprimer, et surtout de pouvoir identifier rapidement les moments où il est nécessaire de demander de l'aide. 



  • Un carnet de suivi rhumatismal.
Dans la même logique, que de pouvoir identifier les moments où j'ai besoin d'aide, je prépare mes rendez-vous médicaux. J'ai un petit carnet, dans lequel je note l'évolution de mes  symptômes, mes ressentis, ou tout autre élément en lien avec ma santé. Ainsi, lorsque je vais chez mon médecin, je peux résumer rapidement ce qu'il s'est passé ces derniers temps, sans oublier d'informations essentielles. De même, je peux constater aussi l'évolution de la maladie. Et constater sur un temps plus long que le simple rendez vous médical, comment ma maladie évolue. La courbe sera de toute façon toujours en dent de scie, mais au moins, la grande tendance est facile à dégager, les nouveaux symptômes visibles, et ceux qui s'améliorent aussi. 


  • Des projets, des projets, des projets et encore des projets.
 Ce n'est pas parce que je dois tout adapter, que je ne peux pas poursuivre mes projets. Bien sûr, si je dois voyager, je dois aussi prévoir tout ce qui est autour. Je prépare par exemple, trois niveaux de choses à visiter; que je vais adapter à mon état de fatigue le moment venu. Je prévois une journée supplémentaire, rien que pour me remettre d'un trajet. Je prévois une sieste les jours de réveillons, sinon je ne profiterai pas de la soirée. Mais tous ses aménagements, ne doivent pas m'empêcher de tout de même faire des projets. Peut-être que je ne suis pas capable de surfer, de kite-surfer, mais cela ne m'empêchera pas d'aller à la mer.  


  • Des défis. 
Pour tenir le coup, je me lance des défis. Il s'agit de défis, m'obligeant à regarder plus loin que mon état dégradé. Des défis qui m'obligent à l'introspection, en me questionnant vraiment sur ce qui m'anime, ce qui me motive, ce qui fait sens pour moi. 

Le dernier défi en date, a été d'entamer le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Il faut une préparation du tonnerre. Notamment, avec tous les dopants à transporter pour tout de même tenir. Alors il faut accepter, être incapable de réaliser ce parcours en une fois. Accepter l'idée qu'il me faudra un bon nombre de segments de 7 jours parsemés tout au long des années, pour réaliser entièrement au moins l'un des camino. Il a aussi fallu accepter la possibilité de tout de même renoncer, en cas de trop grandes difficultés. Outre l'effet bénéfique de la marche sur les articulations, sur la respiration et autres indicateurs médicaux, l'activation d'endorphines qui facilitent une meilleure perception de la vie, c'est surtout un bon moyen de tester que l'on est toujours capable de réaliser. Malgré toutes les adaptations nécessaires, malgré la douleur, malgré la fatigue, malgré le fait d'accepter l'idée que peut-être il faudra s'arrêter. Et bien, malgré tout cela, chaque jour marché, est un jour de plus où mon corps a accepté de fonctionner, avec dysfonctionnement, mais il avance toujours!





Je ne vais pas mentir, bien sur qu'il y a des jours, où ce n'est pas la grande forme, d'autres où j'ai envie de me terrer au fond de mes abîmes, des jours où ma noirceur est profonde et m'emporte avec elle. C'est pourquoi, sur le long terme, j'ai mis en place toutes ses petites habitudes, ces petits rituels. Je pense que les rituels, sont l'un des moyens inventé par l'humanité pour passer les caps, franchir, surmonter les blessures mises sur notre route. Peut-être que les miens peuvent donner quelques idées à d'autres!



Une vie sur un fil: entre paradoxes et équilibre.

 Vivre avec un rhumatisme inflammatoire chronique, c'est en permanence jouer au funambule. 

Chaque choix étant énergivore, chaque choix étant un combat intérieur, entre ce que l'on veut, ce que l'on peut, et ce que l'on abandonne. 




Et parfois, la barre d'équilibre n'est même pas présente. 
Liste non exhaustive, de mon instabilité de chaque instant:



  • SOIN                                                                                                                 BIEN ÊTRE


  • TRAVAIL                                                                                                        SOIN


  • SOIN                                                                                                        VIE SOCIALE


  • SOIN                                                                                                      VIE AFFECTIVE


  • ACTIVITE PHYSIQUE                                                                            BIEN ÊTRE


  • ACTIVITE SOCIALE                                                                                BIEN ÊTRE


  • VIE DE FAMILLE                                                                                      BIEN ÊTRE


  • QUOTIDIEN                                                                                                          SANTE

  • MEDICAMENTS AVANT L'ACTION                  VIVRE PLEINEMENT SON ACTIVITE

  • VIVRE EN PLEINE CONSCIENCE                                                   SOUFFRIR 

  • INTIMITE                                                                                             FRUSTRATION

  • SORTIR                                                                                                   RECUPERER

  • PROFITER DE SES PROCHES                                       LIMITER SA PRESENCE

  • EXPLIQUER/ PARLER                                                               PRENDRE SUR SOI

  • SE PLAINDRE                                                                     APPRECIER LE MEILLEUR


        Et vous, que mettez vous sur votre tandem? 





        L'ensemble donne une vie de paradoxe, car loin de s'opposer, l'ensemble est nécessaire à notre bien vivre avec notre maladie.


        C'est très important à mon équilibre de vivre pleinement, d'être pleinement présente pour mes proches. Cela m'aide à voir plus loin que la maladie. mais souvent, trop souvent, cela me demande énormément. Je dois prendre sur moi, car je fatigue. Je dois prendre sur moi, car j'ai mal, et en même temps j'ai terriblement envie de monter ce petit spectacle de noël avec les enfants, ou de faire une promenade et discuter avec mes proches. Mais marcher, va me demander un effort physique, parfois je suis essoufflée immédiatement. Je dois aussi parfois prendre sur moi, car je suis en pleines crise inflammatoire et incapable de rester debout si longtemps.  






        Une nouvelle définition de la vie.

         Les rhumatismes sont tous invalidants, handicapants pour le quotidien, et dégénératifs. 


        Avoir un rhumatisme, c'est aussi réfléchir au sens à donner à certain mot. Ils sont parfois lourds de sens, chargés émotionnellement et très difficiles à accepter pour de nombreux patients. 


        • Une maladie_ Tout rhumatisme, dégradant l'usage d'une ou plusieurs articulations, a des conséquences sur les capacités d'un individu. Ne pas pouvoir être en pleine possession de ses capacités physiques, c'est la définition d'une maladie. Le monde médical préférera le terme de pathologie, au sens de symptômes, causes, et traitements. L'objectif du rhumatologue est le soin, pas forcément la guérison. 

        • Un trouble_ Il s'agit d'une altération d'une fonction. Les rhumatismes altèrent bien la fonction locomotrice. Aussi, un rhumatologue préfèrera peut-être parler de trouble, tandis qu'un médecin traitant de maladie. Les deux ont totalement raison. Mais comme les mots ont un fort impact sur celui qui les reçoit, et sont chargés par celui qui les emplois, c'est bien notre propre appropriation et histoire personnelle avec ces deux mots, qui facilitera l'entente du discours médical, qui fondamentalement sera identique, mais n'utilisera pas les mêmes termes. 

        • Une invalidité_ C'est l'incapacité a avoir une vie normale. Douleurs, fatigues et parfois, voire souvent, gêne ou perte de mobilité, sont le lot quotidien des rhumatisants. Pour le coup, ce fut le plus dur à accepter. Non pas le mot, mais le fait. Quand à un peu plus de 35 ans, du jour au lendemain, vous mettez à peu prêt 20 minutes pour faire 200 mètres, l'incapacité physique vous saute aux yeux. Passer d'une vie très active, de jeune maman, à une impossibilité de se mouvoir, ou rien que prendre une douche est épuisant, est .....ANGOISSANT.....Pour moi, ce fut l'émotion principale de cette période, devenir invalide, cela signifiait accepter de dépendre des autres, de devoir non pas ralentir, mais de limiter ses petits mouvements à l'essentiel, ce qui signifie avoir une journée de "mémère". Pour le coup, là le "rhumatisme maladie de vieux", surtout maladie qui vous fait vous sentir extrêmement vieille. 


        • Un handicap_ J'adore l'histoire de ce mot! Un handicap dans le sens courant c'est une gêne. Il n'y a pas photo, avoir un rhumatisme, c'est avoir une gêne. Lorsque la gêne est au point ou se doucher, cuisiner son repas, ou simplement se déplacer d'une pièce à l'autre devient éreintant, que vos mains n'ont plus assez de poigne, qu'il vous faut de l'aide pour ouvrir un pot de yaourt: l'handicap est indéniable. C'est pourtant le terme le plus difficilement accepté par de nombreux patients. Cela est vraiment dommage et dommageable, car à partir du moment où l'on accepte avoir un handicap, en France nous bénéficions d'une reconnaissance et donc la société nous vient en aide. Ce qui est le plus dommageable, c'est qu'il s'agit d'une méconnaissance de ce terme. Dans le domaine sportif, et ce depuis l'antiquité, avoir un handicap, c'est un désavantage que l'on donne au meilleur, pour donner une chance aux autres. Alors être handicapé, comme le souligne Artus, c'est effectivement avoir Un p'tit truc en plus. Lorsque l'on dépend des autres pour notre quotidien, l'acceptation de cette dépendance, demande une profonde humilité et un sens profond que le plus important n'est pas notre utilité mais bien d'être et si possible le plus présent aux autres. 

          • Une dégénérescence/ dégradation_ C'est le fait que notre état se dégrade. Le déclin est inévitable dans une vie, bien que nos sociétés déploient de nombreuses stratégies pour ne pas faire face à cette réalité de la vie. La dégénérescence, est aussi très difficile à accepter; car quelque soit ce qui est mis en place, elle est inexorable. Je suis quelqu'un qui me bouge, qui suit ses rendez vous médicaux scrupuleusement, qui prend soin de moi en adaptant mes activités à mon état global et non l'inverse et pourtant, d'années en années, mes articulations se dégradent. De loin, tout parait fonctionner au mieux, je marche, je nage, je travaille, je passe du temps avec ma famille. Mais de près, il est de plus en plus difficile de monter tel escalier, mes demandes d'aides pour ouvrir un pot de yaourt sont plus nombreuses, j'écourte mes activités de loisir, car je fatigue vite, quelques articulations se déforment, d'autres sont de plus en plus capricieuses. Il s'agit bien sûr du cycle naturel de la vie, avec l'âge, la maturité comme qui dirait, le corps ne suit plus. Sauf qu'avoir un corps d'une jeune dame de 90 ans, quand on en a 40, cela révèle tout de l'inégalité face à la santé.  

          • Guérison_ Pour le médecin, il s'agira d'être totalement rétabli d'une maladie. Mais un rhumatisme, est ce une maladie, un trouble, une invalidité, ou un handicap? Un peu tout à la foi! A l'heure actuelle, les rhumatologues sont dans l'incapacité de guérir l'ensemble des plus de 200 rhumatismes existants. Alors "pour que j'aime être sain, vaincre la maladie", est une parole qui a pris un sens nouveau dans ma vie depuis le diagnostique. L'envie est toujours là, mais sa saveur est particulière. Les rhumatologues soignent mais ne guérissent pas. Ils apaisent les maux, mais n'écartent pas le mal. Qu'il doit être difficile pour eux de suivre, ses patients impatients, dans une société où la moindre contrainte est vécue comme un chaos.    

          • Santé_ La santé ne peut être exempte de maladie pour un rhumatisant en conséquence. C'est finalement autre chose. En médecine, on parle de fonctionnement de l'organisme, dans tous ses pans: organes, psyché, équilibre global, fonctionnement harmonieux. Comme le rhumatisme est de toute façon présent en permanence, au bout d'un moment, on fini par considérer que la dégradation générale des articulations, les effets secondaires de l'activité de la maladie, ou des médicaments sont une situation normale. Jongler entre ces deux antinomies que sont maladie et santé en permanence, est un quotidien assez déstabilisant pour les patients, et leur proches. Je suis en bonne santé, je n'ai pas de rhume, de grippe, d'os cassé, de dépression. Je peux faire des activités, je peux suivre mon quotidien. Et l'instant d'après, je ne peux pas réaliser tel geste comme avant, je suis essoufflée d'avoir simplement cuisiné par exemple. Je constate que je ne suis pas en bonne santé. Si cela est difficile pour moi, quant est-il de mes proches, qui eux ne voient que mon humeur changer, mon visage se fermer, mais ne peuvent m'aider à accepter la notion de maladie chronique?  

          • Bien-être_ C'est l'OMS qui est à l'origine de cette définition. Le bien-être, va au delà de l'absence de maladie. Il s'agit d'un état global, multifactoriel. Être à l'aise dans son corps, dans sa tête et avec les autres. Par ses limites floues, sa complexité conceptuelle, cette notion est beaucoup plus facile à adapter à un patient chronique. 
            • Nous allons tous chez notre médecin lorsque nous n'allons pas bien. Je fais un aparté pour remercier ma médecin traitant, c'est une perle. Lorsque j'ai rendez vous avec elle, c'est bien mon état de bien-être qu'elle cherche à analyser, afin d'adapter les propositions de traitements. Dans mon corps, forcément j'ai une maladie chronique, dont les traitements de fond ont des effets secondaires nombreux, une fois ceux-ci passés en revue, qu'en est-il du reste? Puis viennent le questionnement sur comment je me sens, ce que je ressens, ma psyché. Comme pour tout malade chronique, la dépression est une comorbidité. Et si elle s'installe, elle entraîne invariablement une modification de notre propre rapport à notre intimité médicale, dégradant ainsi notre capacité à prendre soin de nous même. Et enfin, il y a les relations aux autres, ma médecin traitant fini toujours par me demander comment ça va avec mon entourage personnel, professionnel, amical. Je la remercie, pour toute l'humanité qu'elle met dans mon rendez-vous. Je me sens respectée, comme individualité, comme femme, comme malade chronique.   


          En rebattant les cartes, en bousculant nos représentations, ou plutôt en réécrivant le dictionnaire, avoir un rhumatisme, ou une maladie chronique, c'est bien avoir une nouvelle définition de la vie à partager. 

          Rebattre les cartes de son existence.

           


          Le fait d'avoir une maladie chronique, nous oblige à redéfinir certains termes que l'on pensait avant immuables. Les mots du dictionnaire se complexifient. Les concepts deviennent plus profonds à l'aune d'un tel changement dans son existence. Tout du moins, si l'on accepte de s'y confronter, de prendre le temps de savoir qui parle, et dans quel but. 

          Pour ma part, cette nouvelle définition de la vie a des conséquences majeures sur la manière dont j'aborde mon quotidien.

          • S'adapter en permanence.
          Je n'ai pas le choix, je dois m'adapter en permanence à la dégradation de mes articulations, aux douleurs, à ma fatigue. Rien n'est fixe, bien au contraire. Je n'ai aucun problème de fond avec cette idée simple, que la vie est un perpétuel mouvement. Toutefois, vivre avec un rhumatisme c'est vraiment être confronté très souvent à cette évidence de toute existence. Je vais devoir par exemple, prévoir mes plus grandes sorties. Si je suis invitée un soir, alors je vais m'arranger pour mettre en place un moment de sieste et ainsi m'assurer avoir suffisamment d'énergie à l'instant T. Je vais par exemple, ne jamais prévoir deux sorties, deux soirs d'affilés, ou éviter de sortir après le travail, car je manquerai immanquablement d'énergie. De la même manière, je prévois quelques jours de repos, au calme à la maison, entre la fin des congés et la reprise du travail. Toujours dans le but de préserver au mieux le peu de capital énergie dont je dispose. Lorsque je suis vraiment bloquée le matin, je prévois soit une séance rapide de yoga, soit j'essaie de poser une journée de télétravail supplémentaire. Lorsque cela fait plusieurs jours d'affilés, que le niveau des douleurs augmente, j'organise un rendez vous avec mon médecin; même si cela signifie réorganiser totalement le planning familial. De la même manière, j'ai appris à interroger douleur et fatigue, à en faire le suivi, afin de déterminer si je dois prendre des anti-inflammatoires, des anti-douleurs, les deux, un rendez-vous médical. Au quotidien, l'on s'adapte. Ce n'est pas une vie programmée des mois à l'avance, c'est vraiment au jour le jour. Même pour mes plus grands projets, je peux aussi être amenée à prévoir les cas où cela n'irait pas. J'aime voyager, j'aime marcher, j'aime la culture. Pourtant lorsque je prépare un voyage, il y a trois niveaux de visites différents, que j'adapte sur place en fonction de mon niveau de fatigue et de dopage (puisque les anti-douleurs que je prend sont classés substance dopante dans les compétitions sportives). 

          • Vivre avec des limites.
          L'intitulé est un bon résumé de mon quotidien. Je suis confrontée à mes limites, plusieurs fois par jour. De quelles limites parlons-nous? Des plus simples, lorsque durant une poussée inflammatoire, l'on met plus de 20 minutes pour faire 200 mètres. Ma démarche cabossée, ne me permettant aucunement d'être comparée à une enfant en bas-âge qui apprend à marcher, j'ai bien plus l'air d'une mémée qui déambule. Nous avons tous connu la frustration face à une ouverture facile d'emballage ultra-récalcitrante. Pour ma part, je connais régulièrement cette frustration. Je n'ai pas toujours la force nécessaire pour dévisser un bouchon de bouteille d'eau, ouvrir un pot de confiture, lever un opercule de yaourt. Les courses peuvent devenir un véritable parcours du combattant. Il m'arrive de renoncer à acheter mon huile d'olive, alors que j'en ai vraiment besoin. Impossible de porter autant de charge, ma capacité de portage ne fait que se réduire. De même, je peux écourter une sortie, tout simplement car je commence à tomber de fatigue. Assez simple, lorsque j'ai été au parc, à la bibliothèque, à deux pas de la maison. C'est une autre histoire, si la sortie était dans un parc d'attraction, un cinéma, un musée, et qu'il faut compter le temps de transport. Je devrais davantage dire ajouter la fatigue du transport. Tous les habitants des grandes métropoles françaises, connaissent le niveau de fatigue déclenché par un bouchon, un métro bondé, un bus surchargé. Au moins, de ce point de vue, j'ai atteint une égalité presque parfaite, étant déjà instable sur un sol non mouvant. Toutes les modalités de déplacements, m'épuisent. Les vibrations, d'un train, d'un avion, d'une voiture, d'un bus me déclenchent des douleurs. Et comme tout le monde, le fait de fréquenter des lieux bondés, joue sur mes nerfs. Roller, skate et vélo sont devenus compliqués. Pourtant j'étais une pratiquante régulière des trois, adolescente. Il me reste la marche. J'adore marcher, j'ai toujours aimé marcher, mais je dois prévoir large. 


          • Renoncer.
          A force de frustrations, l'on fini par renoncer à certaines choses. Le renoncement, fait aussi parti de mon quotidien. Je renonce à cumuler travail et sortie le même jour. Je renonce à parcourir 800 kilomètres en deux jours, même pour un événement familial majeur. Je renonce à emmener mon enfant à la piscine une après-midi de vacances, car le matin nous avons simplement fait les courses. Je renonce à une activité de loisir, parfois au dernier moment, parce que je suis fatiguée. Je renonce à mon égo, je fini par demander de l'aide, car il faut bien que je le mange ce pot de yaourt. [Qu'en sera-t-il quand je n'arriverai plus à me coiffer, à avoir suffisamment d'amplitude dans les bras, de souplesse pour passer un col?].  Je renonce à porter de jolies chaussures, que des chaussures pratiques, que je suis en capacité d'enfiler seule.
          Le rhumatisme n'est absolument pas grave comme maladie. Non, on n'en meurt pas [enfin, sauf pour la cardiopathie]. Mais sa présence au quotidien, nous fait renoncer de plus en plus souvent. Sa présence, est réelle. La maladie chronique, c'est un boulet accroché à nos pieds. Boulet, qui est la plupart du temps invisible pour les autres. Les philosophes, nous expliquent que la liberté s'acquiert par le renoncement au reste. Être libre c'est faire des choix. Faire des choix c'est forcément renoncer. L'idée a beau être belle, il n'en est pas moins que ce renoncement est douloureux, car il n'est pas aussi choisi que cela. C'est notre maladie, qui par son évolution, choisi l'angle d'attaque, la vitesse à laquelle nous devons faire ses renoncements. Rien d'exceptionnel, en prenant de l'âge de devoir renoncer à certaines choses, par limite physique. Sauf que je suis loin du grand âge. Il n'y a pas de parcours linéaire préétabli. Les rhumatologues ont bien des modélisations des différents types de rhumatismes, mais ils passent leur temps à mesurer l'écart entre ces modèles et l'évolution de la maladie, afin d'adapter les soins à chaque patient. En psychologie, l'on dit des patients chroniques, qu'ils doivent apprendre à faire des deuils très régulièrement. Justement parce que le renoncement fait parti de leur vie, qu'il est imposé par une force extérieure sur laquelle ils n'ont pas la mainmise. 
          Tous ces renoncements pèsent. Certains sont plus facile à faire que d'autres, car qui veut aller loin, ménage sa monture. Ma monture, c'est mon corps, fragilisé, tordu, douloureux, de plus en plus impuissant, qui touche régulièrement ses limites. Ce sont bien ses renoncements cumulés qui m'ont transformée en quelqu'un de très taiseuse. Le seul vrai choix que je peux faire, c'est de renoncer à faire peser sur les gens qui m'entourent le poids de mes souffrances, dues aux frustrations que m'imposent la barre de seuil de mes limites, toujours de plus en plus basse. Et pourtant d'un autre côté, j'ai aussi besoin, que mon entourage accepte mes renoncements.  



          • Prioriser.
          Avant de devoir faire des choix, parce que le corps ne suit plus; j'avais notamment comme priorité mon travail. J'adore mon métier, mais ce dernier m'a épuisé. Il demande une énergie, dont je ne dispose plus en quantité suffisante. Pendant un temps, après avoir constaté que mon travail dégradait fortement ma santé, j'ai cherché à trouver un équilibre entre les deux. J'ai commencé par changer ma manière de travailler pour le rendre moins épuisant. Mais d'une part, la maladie, elle, a continuée à me grignoter, d'autre part je suis très vite arriver à une insatisfaction, car je n'étais plus capable d'exercer mon métier comme je le voulais. J'ai donc accepté, d'établir une hiérarchie entre mes priorités. La santé devenant le point névralgique. Mais cela, a déclenché une profonde tristesse. Ne pas pouvoir exercer pleinement le métier que j'ai choisi, que j'aime, parce que mon corps ne suit plus. Au délà de la frustration, au délà du renoncement, c'est encore une plaie à vif. Aujourd'hui, la part la plus importante de ma vie est consacrée à mon parcours de soin et à ma santé. Sans ce travail quotidien pour prioriser une sorte d'équilibre de mon état global de santé, je ne pourrai pas de toute façon faire grand chose. Sans ce travail, cette charge mentale, ce poids émotionnel, je ne pourrai de toute façon, plus avoir l'énergie suffisante pour travailler, pour sortir de chez moi, pour voir du monde, pour voyager, pour vivre en fait. Sauf que, de part mes expériences professionnelles, mes goûts culturels, je sais aussi que la santé n'est pas simplement le fait de ne pas être malade, qu'elle est un tout. Et lorsque notre propre santé, occupe 80-90% de notre charge mentale, plus de la moitié de notre temps, le travail ne peut plus être une priorité. Le paradoxe, étant que le travail participe aussi au soin. Le fait de devoir se déplacer, être en contact avec d'autres personnels, c'est aussi occuper son cerveau à autre chose que gérer sa douleur et subir sa fatigue.  

          A l'instar de nombreuses femmes, avant la perte de repère, provoquée par le croisement de la maladie chronique, je mettais presque toutes mes priorités sur le même plan: famille, travail, développement personnel, culture, soin, entretien.... La fameuse charge mentale des femmes. Cette fameuse incapacité que nous avons à prioriser, à hiérarchiser. Nous sommes dans l'incapacité réelle de mener de front sans accro et avec succès, vie professionnelle, vie sociale, vie familiale, et épanouissement individuel. Pourtant, nous continuons à vouloir tout mener de front. Nous avons comme capacité extraordinaire de penser devoir tout prendre en charge seule. Et pourtant cela est impossible. De même, il est presqu'honteux de ne pas réussir un élément de sa vie. Alors que la vie est faite de hauts, de bas, que le succès, ne signifie pas forcément être au top partout. Ce sont mes renoncements successifs, qui m'ont obligé à repenser, reconstruire ce qui pour moi était une priorité, un succès, une réussite. 
          A force de renoncement, j'ai dû revoir mes priorités. Aujourd'hui, ce qui compte, car c'est ce qui restera de moi, c'est bien la qualité du lien que j'entretien avec mon entourage. Je suis dans l'impossibilité de rester longtemps disponible pour les autres, aussi lorsque je suis là, j'essaie d'être véritablement présente. Pas toujours évident, de compartimenter mes deux compagnes de vie, afin d'être présente dans le moment présent et avec les personnes qui sont avec moi à cet instant.





          En ne citant que ces quatre points, il apparait aussi clairement que l'entourage d'un patient chronique est forcément touché. Quelque soit nos choix, nos capacités à affronter nos deuils successifs, face à notre corps de plus en plus diminué, notre entourage doit être patient, compréhensif. Pourtant, lui aussi, a le droit de vivre, et non de supporter un patient trop souvent impatient. 


          La personnification de la maladie.

           Pour faire face, de nombreux malades personnifient la maladie. Et elle a souvent l'aspect d'un monstre. Simple effet de style littéraire? Biais cognitif humain, qui anthropomorphise tout ce qu'il croise? Outils de défense psychologique?




          Chez moi, la personnification se traduit essentiellement par celle de mes deux principaux symptômes. Effectivement, j'ai tendance à personnifier "douleurs" et "fatigue". Je tient une page de mon bujo (carnet de note personnel), pour dialoguer avec elles deux. Elles m'empoisonnent la vie. Me prend-t-on pour autant pour une folle, à avoir mon discours intérieur avec ces deux compagnes de vie? Pas forcément, c'est vraiment une réaction de survie. C'est un moyen de mettre à distance ce qui me rend malade. Pour vivre avec, c'est comme si j'avais besoin de leur parler. C'est un véritable dialogue qui s'engage avec elles. Au début, je ne le faisais pas. J'ai même eu tendance à tout rejeter en bloc. Il parait que la réaction psychique de déni et de rejet est totalement normale, lorsque l'on vous annonce que vous avez une maladie dite incurable. Apprendre à vivre avec, commence d'abord par apprendre à faire le deuil de ce qui était. Au bout d'un moment, on fini par personnifier ce qui nous gêne. Comme on le ferai avec un ami, un vieil oncle, un collègue, un peu fatiguant, non franchement, pénible. 

          Peut-on parler d'amies? En fait, je préfère les considérer ainsi que comme mes ennemies. Mais je suis à contre courant et je le sais. Si je les prend comme des ennemis, alors un combat s'engage en permanence, jours après jours, heures après heures, minutes après minutes. Ce combat est éreintant. On ne lâche jamais les armes, on est sans arrêt en état de vigilance, le stress est permanent. Sans se rendre compte que justement ce stress, donne l'avantage à la maladie. Il l'alimente, de façon très sournoise, créant ainsi des défaites encore plus difficiles à supporter. Et dans une vie de malade chronique que les défaites sont nombreuses! Bien sûr on peut avoir quelques victoires. Je ne sais pas si ce sont véritablement des victoires, mais plutôt comme le ferai l'état major en mauvaise posture, l'on s'écrit un roman de la défaite, qui transforme nos reculs, le fait que la maladie, avance malgré nos efforts, en semi-victoire. Sauter pour mieux reculer? En fait, besoin pour continuer à les porter ses armes, et à poursuivre les combats à mener au quotidien. C'est aussi, le seul moyen de se repositionner, de choisir sa ligne de front, et ce que l'on est prêt à sacrifier, dans quel ordre. Mais rien de tout ce cheminement psychique et personnel ne se fait sans souffrance. On le fait tous, et on en a besoin. Sinon, c'est la fatalité qui l'emporte. De même, être totalement fataliste, sera aussi mortifère que d'être toujours sur le qui vive. Le fatalisme de la succession des défaites, car nous n'avons pas les moyens de nos ambitions. Comme si on ne pouvait absolument rien faire pour que malgré la débandade, l'on puisse tout de même préserver nos ressources minimales. Si le fatalisme, l'emporte, alors l'on sombre dans une très mauvaise phase. Ajoutant la simple déprime passagère, voire parfois une réelle phase dépressive, donc une autre maladie, à nos combats à mener. En les considérant davantage comme des amies, un peu âgées, un peu casse-pieds, très souvent en mauvaise santé, il est plus facile de les accepter et de vivre avec. Mais pour les considérer comme amies, j'ai besoin de les personnifier. 

          Je me demande comment les autres personnifient leur maladie. Je sais qu'en hôpital pour enfant, les psychologues utilisent souvent l'image du monstre. Un petit monstre, que l'on porte sur notre épaule. Moi, pour le moment, je ne les imaginent pas visuellement. Mais pourtant, elles ont toutes les deux, une personnalité, l'une étant plus bavarde que l'autre, plus bruyante aussi. En les considérant, comme des compagnes de vie, à porter tous les jours, à supporter aussi malheureusement, je n'oublies jamais de prendre la température de chacune. Comme je l'ai expliqué dans un autre article, je les trouvent d'une grande aide, comme boussole de mon suivi médical. Mais si j'explique ici, avoir un dialogue intérieur intense avec elles-deux au quotidien, il est peut-être plus facile de comprendre à quel point la maladie chronique a quelque chose d'envahissant pour un patient. Nous ne sommes pas simplement bougon, en colère, frustré, acariâtre, mal poli, nous sommes souvent très souvent en dialogue intérieur, pour vivre avec. Pour beaucoup, c'est avant tout un combat, car la maladie est vécue comme une ennemie à abattre. Je ne peux nier, qu'elle a aussi cette aspect pour moi de temps en temps.  

          Mais j'ai un peu plus de mal à personnifier complètement la maladie. Ma difficulté, vient du fait que si je personnifie la maladie, je dois aussi admettre, qu'il s'agit d'une maladie auto-immune. Mes cellules, un peu fofolles, pour les plus sages d'entre nous, complètement azimutées, pour les plus clairvoyants, s'attaquent à mon corps. L'ennemi est à l'intérieur de moi. Il n'est pas externe à moi. Comment personnifier un monstre, qui est soi-même? Je dois me combattre moi-même. A l'instar d'Hercule, d'Ulysse, d'Oedipe, de Gilgamesh et tous ces héros antiques, je dois mener un combat de grande ampleur. Tous ces héros, enchaînent les victoires contre des monstres, aux figures horribles, vicieux, souvent pervers. C'est ainsi qu'on qualifie leurs actes d'héroïque. Mais si tous ces héros, le sont, les malades chroniques, avec leurs maux invisibles, ne peuvent mettre en lumière leur victoire. Nos victoires, sont avant tout intimes, personnelles, comment pourrait-on accepter de porter le titre de héros? Comment pourrait-on être rassuré de se savoir héroïque? Doit-on d'ailleurs les célébrer ces exploits? Nos micro-victoires, en comparaison aux chimères antiques, ne sont pas si héroïque? En tout cas, elles sont invisibles, et souvent invisibilisées, c'est pourquoi nous sommes tout autant gêné que l'on puisse qualifier nos combats quotidien, comme des actes exceptionnels. Pourtant ils le sont, mais pas si évident d'accepter d'être un héros. D'ailleurs, aucun des héros antique ne l'accepte entièrement. Ils ont tous un grain de folie, qui côtoie bien souvent l'horrifique. Dans toutes ces histoires antiques, le lecteur est prévenu: le monstre, n'est pas externe au héros, mais bien le héros lui-même. Ils ont tous commis des actes abominables, que ce soit Hercule qui tue sa famille, après un accès de colère, Oedipe qui subit sa destinée, Ulysse l'un des amants les plus cruels de l'histoire, ou Gilgamesh qui est un véritable tyran avant de rencontrer son alter-égo. Tous se lancent à corps perdu, dans des combats héroïques, afin de sauver le monde, leur monde. Tous sont reconnus comme tel. Le monde accepte l'horreur que le héros a commis, l'accepte comme légitime, car le combat est explosif, grandiose, généreux, visible et franchement exceptionnel. Pourtant, il n'y a pas plus vil, cruel, féroce, perturbé que ces héros. Les textes antiques, nous disent tout cela. Mais, moi, qu'ai-je fait pour mériter le même destin qu'eux? Je n'ai pas commis de crime, des délits, sûrement. Mais tellement mineurs, par rapport à l'idée que je suis le monstre que je dois combattre avec opiniâtreté tous les jours de mon existence. Je sais en mon sein, que je suis le propre monstre que je dois combattre. Comment puis-je accepter ce fait? Et si je personnifie la maladie, dans son entièreté, dans son ensemble, sachant qu'il s'agit d'une maladie auto-immune, pour le moment, elle porte mon visage. Je ne suis donc pas encore prête de personnifier ma maladie comme une ennemie. C'est complètement à contre courant, mais cela montre bien la complexité de la psyché d'une malade chronique. Nous ne sommes pas si simple, car nous en sommes incapables, de part nos émotions chaque jours chamboulées et notre constante remise en cause de nos propres limites, et capacités physiques.



          Il s'en passe des choses dans mon esprit. Mon monde intérieur est bien remplie, et la maladie y occupe une place centrale. Je ne la personnifie pas entièrement, car pour le moment, je suis incapable d'entendre le message si humain, qu'elle a à me transmettre. Mais comme tous les malades chroniques, je ne peux pas faire sans personnification de ce qui me fait du mal au quotidien. 

           

          Vous prendrez bien un petit arrêt maladie?

           Je n'aime pas cette phrase. Mais alors pas du tout. 



          Déjà parce que si je l'entend, c'est que je ne me suis pas rendu compte que mon état général se dégrade et qu'il me faut m'arrêter. Alors, je ne suis pas du genre à demander un arrêt maladie, mais cela fait déjà deux fois, que c'est ma médecin qui insiste. Elle a raison, certes! Elle a une vision extérieure, et dispose de la comparaison avec d'autres patients pour savoir objectivement, qu'en fait à ce moment précis, un arrêt serait bienvenue. Mais en fait, cela signifie-t-il que moi je n'arrive pas à savoir, à me connaitre suffisamment pour percevoir le besoin? 

          A force de vivre au quotidien avec douleurs et fatigues, je les supporte, je les accepte, et effectivement visiblement j'en arrive à ne même pas reconnaitre lorsque je franchi la ligne rouge, que j'entre dans une zone non de turbulences, mais qui me met en danger. En tout cas, c'est ainsi que j'ai vécue mes deux derniers arrêts, en trois ans. Une invitation forcée à mettre en pause mon organisme, sans que moi, je m'aperçoive que j'en ai besoin. Je sens l'arrivée de poussée inflammatoire, je sens quand je fatigue plus vite que d'habitude, je sens quand j'ai plus mal que d'habitude. Mais je ne me vois pas franchir cette ligne de tous les dangers. Lorsque je suis objectivement sur la crète. Parce que c'est cela que signifie dans les mots de mon médecin traitant "oh, et un arrêt maladie ne vous ferait pas du bien?" "vous êtes sûre, vous me dites... un arrêt pourrait être nécessaire". Elle me connait, elle sait que je n'aime pas, alors elle insiste en douceur, tout en poursuivant sa consultation. On pourrait parler de l'égratignement de l'image que j'ai de moi-même, de mon image professionnelle, mais c'est plus que simplement le fait d'avoir peur d'être jugée, vu comme une fainéante, ou une moins que rien. C'est qu'un arrêt maladie, alors que je ne me sent pas malade? Je sais que je le suis. J'ai une ALD tout de même, une RQTH, mais c'est pas si évident pour moi, d'accepter de m'arrêter, alors que tout ce que j'ai c'est un peu plus de fatigue, un peu plus de douleur que d'habitude. L'effet pervers de vivre avec douleur et fatigue en permanence, fait que moi, je n'arrive pas à voir lorsque je dépasse mes limites outrageusement. Comme disait Socrate, "connais toi toi-même", mais justement, je n'y arrive pas. Pas dans mon corps. Voila ce qui se passe en moi, lorsque ces mots fatidiques sont prononcés. Je ne suis même pas capable de connaitre suffisamment mon corps pour percevoir qu'il franchi des limites dangereuses. Et d'un autre côté, mon passé de secouriste, les situations de stress dépassés que j'ai rencontrées, analysées en équipe, font que je sais, pour l'avoir vécu, l'avoir vu, que notre corps peut franchir ses propres limites et poursuivre comme si de rien n'était. Notre cerveau a cette capacité, pour notre survie, de franchir bien des caps, bien des atrocités, de littéralement disjoncter, pour que l'on puisse continuer à vivre. Et c'est aussi peut-être cela qui se passe, je franchi ma ligne rouge, je m'adapte, et je ne perçois plus que je fait face au précipice. Je franchi mes limites, et je suis en mode survie. Mode de fonctionnement qui fait exploser le compteur niveau stress. Mais c'est chez moi, non inné, mais résultante d'un acquis. C'est ce que vient profondément, chercher cette petite phrase, prononcée non sans mal, au contraire. 


            

          Ensuite, je n'aime pas m'arrêter. C'est plus fort que moi. Je sais que ma médecin a raison. 

          Invariablement, elle a raison. J'ai besoin de m'allonger, même lorsque je suis en télétravail. Cela fait trois semaines que je suis réveillée toutes les nuits entre 3h et 4h du matin, à cause de douleurs par ci, par là. Cela fait trois mois, que je subis des effets secondaires bizarres, nouveaux, avec une sensation de malaise généralisé quasi permanent. En trois semaines j'ai enchainé 14 rendez vous médicaux en tout genre. Ma vie s'est résumée, à travailler, entrecoupé de pauses car je tombe de fatigue, aller aux rendez vous, stresser et m'angoisser de ce qu'on ne trouve pas justement et dormir ou du moins m'allonger jusqu'au réveil matinal douloureux. Alors effectivement, elle a raison, une pause, j'en ai besoin. Mais tout de même, je n'aime pas ça. 


          Cela signifie, que je suis tellement fatiguée, que je ne suis plus en capacité que d'uniquement prendre soin de moi. Et que même prendre soin de moi, ça demande de l'énergie. Cela signifie que mon utilité sociale se réduit au minimum? Cela signifie que je suis en train de m'enfermer, dans une vie de malade? Alors, mon cœur de femme, d'épouse, de mère en souffre. Je sais, que je ne peux pas faire. Je sais que je dois mettre sur pause. Mais cela me désole. Je ne veux pas me retirer de ses relations, qui me poussent en avant, mais je dois le faire, pour pouvoir le refaire plus vite. Et c'est d'autant plus dur à comprendre pour l'extérieur. L'arrêt maladie a au moins cet avantage, il rend tangible, visible ce besoin de repli sur soi. Ce n'est pas parce que je suis une mégère, acariâtre, mais simplement, que si je ne prend pas soin de moi, maintenant, ayant franchi mes limites, je sombrerai et ce sera bien plus grave, que de prendre un peu plus que juste du temps pour soi. 



          Cela signifie que j'ai perdue une bataille?

          Un arrêt maladie de temps en temps, ce n'est pas grand chose, au vue du travail à long terme à mener sur soi pour vivre avec. Vivre avec un rhumatisme inflammatoire chronique c'est un marathon qui ne cesse jamais. C'est touché ses propres limites sans cesse, à chaque instant. Et toutes les parties de notre vie sont impactés par ce fait. Alors pourquoi cela serait différent pour le monde du travail?

          Même s'ils sont rares, ils sont présents, et ils m'indiquent mon niveau de capacité ou d'incapacité au travail. Attention, seul un médecin est apte à poser le terme d'incapacité et d'invalidité. Toutefois, c'est ce point qui entre en résonnance en moi. Une remise en cause, permanente de ma capacité à avoir une activité économique et/ou sociale reconnue. Je ne parle même pas du choix de l'activité, de sa résonnance avec nos propres valeurs, mais bien de finalement nos limites propres, qui sont déclinantes pour tous, mais tellement oscillantes. Aujourd'hui, marcher pendant 15 minutes et je dois m'arrêter, me pauser, souffler. Qui pourrait imaginer, qu'il y a 5 mois, je faisais 15 kilomètres par jour sur l'un des chemins de Saint Jacques? Comment concilier cette invariance? Comment vivre avec ma propre invariance? Les arrêts maladie, mettent un stop à toutes mes avancées. Pourtant ils sont absolument nécessaires, car ils me permettent de reprendre mon souffle. 

          Je n'ai pas de doute, sur le fait que cela reviendra à un stade plus convenable. Mais, je ne suis pourtant pas certaine, que tout revienne? Si mon médecin m'ordonne de m'arrêter, c'est pour que l'ensemble reste soutenable, mais qui peut m'assurer que je retrouverai toutes mes capacités? Personne en fait. Et c'est ça aussi qui est compliqué, dans les arrêts maladie. Je ne sais pas exactement combien de temps il va durer, mais je sais encore moins, quelles capacités vais-je récupérer ou au contraire perdre. Si un stop m'est donné, c'est que j'ai déjà franchi la zone rouge, celle où le corps a déjà explosé ses propres limites. Mais pourquoi? Comment? Ai-je fait quelque chose de particulier, pour mériter ce recul? En fait non, le recul fait partie de la maladie. Il est juste terrible à vivre, car justement l'on n'y peut rien. L'arrêt maladie, la pause nécessaire, la preuve intangible visible que le corps ne suit plus, c'est aussi se prendre en pleine figure ses propres limites que nous n'avions pas vues. 


          Alors, quand on me parle d'ambition, de changer de profession, de poste, de voir autre chose. En fait, j'aimerai déjà réussir à me maintenir au travail. Et un arrêt maladie, signifie que ce maintien en activité, n'est pas si évident. Je fais attention, je me ménage du temps pour moi, j'ai une vie assez réglée, je suis assez scrupuleusement les recommandations et avis médicaux, j'organise ma vie autour de mes soins et du nécessaire pour vivre avec elle au quotidien, je limite les excès en tout genre, quitte à passer pour une malotrue, incapable d'aller boire un verre après le boulot, et pourtant malgré tout ça, et bien malgré tout, c'est la maladie qui m'assaille, c'est elle qui gagne le combat. Voila ce qu'est un arrêt maladie. Un coup d'arrêt, un rappel à l'ordre, un titillement, qui me rappelle que même si je ne suis pas un être qui se définie par sa maladie, c'est elle qui mène la danse. Il y a de quoi objectivement déprimer. Lorsque la maladie gagne certaines batailles, (en réalité elle les gagne toute, elle nous laisse juste parfois le temps de souffler entre deux assauts), l'on constate que quoi que l'on fasse, c'est bien elle qui nous domine. Ce n'est pas pour rien que la dépression est l'une des comorbidités des maladies chroniques. Et pour soigner une dépression, il faudra aussi un arrêt maladie. Sacré cercle vicieux! C'est d'ailleurs, en ces termes que ma médecin m'a présenté la nécessité que je sorte pendant mon arrêt maladie. 


          Et me voici, affublée de mon arrêt de travail avec ordre de sortir lorsqu'il fait jour, même juste pour aller au parc, au marché, ou autre. Assez incongru comme type d'arrêt maladie? Est ce que j'en culpabilise? Pas le moins du monde, mais cela ne m'empêche pas d'éprouver un sentiment d'étrangeté dans la dénomination. Certains arrêts maladie sont sans autorisation de sortie. Quand on a une bonne grippe, et qu'on ne souhaite qu'une bouillotte, un lit et dormir, ça va de soi. Mais quand on a une grosse fatigue, une difficulté de mouvement, le médecin peut faire un arrêt avec autorisation de sortie. Dans mon cas, elle m'a même intimé l'ordre de prendre l'air tous les jours. C'est bizarre, un arrêt maladie, avec l'ordre de sortir de chez vous aux heures du jour. Médicalement parlant, aucun problème, c'est logique. Pour éviter de sombrer dans les ténèbres de la dépression, pour réactiver la mélatonine, les endorphines et ainsi pouvoir mieux dormir, donc mieux récupérer et ainsi mieux affronter une période hivernale, ou une poussée inflammatoire, il est logique de vous ordonner de vous faire plaisir. De même, il est plus que logique et important, de vous obliger à vous bouger, car le mouvement, même minime, même au ralenti, fait parti du soin. Mais dans notre monde du travail, hyper connecté, hyper compétitif, et bien c'est bizarre, ça fait drôle.

          Si j'allais plus loin, c'est totalement relier à la nécessité d'avoir des congés. La difficulté dans le cas de patient comme moi, c'est qu'on ne sait pas quand on aura besoin d'une pause. Il est vrai que ma médecin vient de me mettre en arrêt de travail, mais il est tout aussi vrai, que depuis quelques années, environ un quart à la moitié de mon temps de congés, ne sert qu'à récupérer d'une crise inflammatoire. Le pire étant lorsque cela arrive pendant les congés de Noël. J'adore, Noël! Alors être complètement HS à ce moment de l'année, au point que je demanderai un arrêt de travail (tiens pour une fois je me rend compte que j'ai franchi mes limites!), si je n'étais pas en congés, ça ne gâche pas les vacances, il vous restera toujours un bon moment de partage avec vos proches, un morceau de douceurs hivernales, ça vous rappelle simplement que la maladie, elle, ne prend ni congé, ni week end.  



          Pour le moment, je ne suis pas dans le cas du témoignage suivant

          https://www.coline.care/medias/articles/retour-au-travail-apres-un-arret-maladie-tmoignage-de-cathy

          Je ne me pose pas la question du retour au travail? Car pour le moment, je sais que mon arrêt est totalement momentané. Il est l'expression d'un besoin d'une réelle pause, en plein milieu d'une phase d'instabilité permanente de l'évolution de ma maladie. Je comprends que cela soit compliqué. Et de fait, bien que je ne me pose pas la question, je me projette. Qu'en sera-t-il lorsque dans 10-15 ans, ce ne sera pas un arrêt maladie d'une semaine de temps en temps, mais des arrêts de trois-six mois. Voir qu'en sera-t-il lorsque ce sera un enchainement d'arrêt maladie? 

          C'est une question que je me suis déjà posée, dans mon ancien poste. Actuellement, si j'étais encore face à des élèves, sur un trimestre, je n'aurai fait au mieux, que quinze jours. Alors victoire? Oui et non. victoire, car j'ai préparé mon cheminement professionnel en le réadaptant aux nécessités de la maladie chronique. Mais en même temps, quelle défaite! Même en ayant un poste plus en adéquation avec mes capacités réelles, je dois tout de même m'arrêter. Donc ce manège ne cessera jamais? Je devrais en permanence réfléchir et m'adapter à l'inexorable dégénérescence? Mais jusqu'à quand? Lorsque vous parlez à un malade chronique, pour qui les arrêts maladie font partie de son parcours de santé, cette dimension ne peut être exclue de notre discours. Pourtant, on aimerai bien, tous, que cela n'entre pas forcément dans l'équation. 



          Les maladies chroniques, changent totalement notre rapport à la définition et la nécessité des arrêts maladie. Encore, une nouvelle définition à construire!


          Pour les patients

          https://ald-travail.fr/article/ald-affection-longue-duree/

          Santé mentale

           















          L'année 2025 marque en France la mise en place d'une vrai communication autour de la santé mentale. Et bien que ce ne soit peut-être pas suffisant, cela a le mérite d'exister.


          Ministère

          campagnes d'informations 




          Vivre avec une maladie chronique nous expose à davantage de fragilités, pouvant faire vaciller notre santé mentale. Mais, d'après les études statistiques faites depuis le COVID, sur ses conséquences sanitaires, cela est encore un fort tabou en France. Tout simplement, car cela véhicule encore de trop nombreux préjugés. 


          La maladie chronique est considérée comme un accident de la vie pouvant créer une détresse psychologique. Le fait que cela soit encore tabou, nous empêche d'y voir un événement normal. Nous avons besoin de temps pour accepter un tel changement dans notre vie. Exactement comme un deuil, la perte d'un être cher, nous fait vaciller. Exactement comme nous avons besoin de temps, pour vivre sans la personne chère, ou porter [voir supporter] notre deuil. Même si les étapes du deuil sont connues par les psychologues, il est vrai que personne ne vie son deuil de la même manière. Le deuil peut être collectif, mais en réalité, il est avant tout individuel. C'est pourquoi ces périodes de vie sont si difficiles. Nous franchirons tous, les cinq étapes du deuil: déni, colère, négociation, dépression, acceptation. Parfois nous ne les franchissons pas toutes. Parfois, certaines sont très rapides, et d'autres très longues. Parfois, nous les franchissons dans un joyeux désordre ne permettant pas aux autres de suivre notre logique. Mais surtout, même bien accepté, de façon cyclique, les grands anniversaires, peuvent réveiller la douleur psychique provoquée par la perte et nous faire recommencer un cycle de deuil. Nous le faisons inconsciemment, et c'est un besoin pour notre cerveau. Nous avons besoin de ce temps, pour recadrer nos câbles, nos connections, faire le lien entre vécu, émotion et réadaptation. C'est bien l'expérience de multiples deuils, qui nous fait découvrir la nostalgie, émotion non douloureuse, pas totalement agréable, mais qui est la preuve d'un long vécu émotionnel. 


          Tout deuil, nécessite une étape dépressive. Un épisode dépressif est bien une étape de santé mentale, ou de fragilités émotionnelles nécessitant toute notre attention. On ne sait pas quoi faire, face à la dépression d'un être cher, mais il suffirait de se dire, que l'état dépressif fait partie des étapes de deuil, et que le deuil, lui est beaucoup plus fréquent que ce que l'on s'imagine. En pensant ainsi, l'on se rend compte, que tout ce qui compte pour aider un être auquel on tient, c'est d'être présent, prêt à recevoir l'émotion telle qu'elle est, et telle qu'elle s'exprime. Cela ne signifie pas que nous en soyons capable. C'est d'ailleurs pourquoi il existe des spécialistes de la libération de l'émotion pour faciliter l'acquisition d'un équilibre en santé mentale: les psychologues.


          Avoir une maladie chronique, c'est vivre un enchainement de petits deuils. Pas de mort d'homme, mais bien des pertes. Certaines de ses pertes sont plus difficiles à vivre que d'autres; c'est pourquoi la médecine a établie et vérifiée une corrélation forte entre maladie chronique et état dépressif. La dépression étant elle-même une maladie chronique. 

          Et comme la maladie chronique, peut avoir des variations, avec des moments où se cumulent quelques mauvaises journées, quelques difficultés. Cela tend fortement nos relations aux autres, cela peut faire de nous des personnalités difficiles à vivre, source de conflits. Les conflits sociaux provoquant un sentiment général de mal être, ou plutôt de souffrances psychiques, plus ou moins fortes, qui sont toutes sources de fragilités mentales. Dans une société compétitive, avec un système de valeur corrélé non aux êtres, mais à l'avoir des êtres, accepter qu'être malade chronique signifie forcément avoir une fragilité psychique, n'est pas évident. Les réticences sont nombreuses, même en ayant conscience du phénomène, ce n'est jamais la même chose de savoir, que de le vivre. Ici il y a un deuil à faire, accepter que nous ne sommes pas des surhumains. Vivre avec une maladie chronique, c'est forcément changer de regard sur l'idée même que l'humain aurait une santé mentale linéaire, sans accros, sans nuances. L'on compare souvent la mauvaise santé mentale, a "broyer du noir", notre langage insiste sur cette absorption totale de couleur que représente le noir. C'est oublier qu'il n'existe peut-être qu'un seul noir, mais qu'en réalité, le monde de la santé mentale c'est un mélange de gris. Et comme le dit un célèbre titre, le gris a des nuances! 


          Lorsque l'on a un rhumatisme inflammatoire chronique, l'on franchi étape par étape, des périodes plus difficile. Même en faisant tout, en suivant scrupuleusement les conseils médicaux, parfois sans que l'on sache pourquoi, notre santé se dégrade, et nous devons ajouter un nouveau deuil, à notre frustration. Parfois les frustrations et deuils -réduire sa participation aux événements familiaux, faire une croix sur une activité détente, dire non à tout contact sociaux, réduire tous ses déplacements à aller jusqu'au médecin....- s'enchainent tellement vite, que notre cerveau, (cette vieille machinerie), n'a pas eu le temps d'apprécier le changement, s'est fait bousculer dans tous les sens, que l'on ne va pas si bien que cela. Parfois, s'ajoute en plus un brouillard mental, symptôme réel d'un état dépressif, mais aussi simple effet secondaire de certains traitements. Cet état de brouillard mental, bien connu en psychiatrie, est particulièrement difficile à vivre. Vous ne vous reconnaissez pas. Vous ne vous comprenez plus. Et vous êtes mentalement au ralenti. Donc potentiellement en incapacité de solutionner des problèmes simples de la vie, tel qu'organiser vos courses. Alors dans cet état si particulier, comment trouver l'énergie de démêler le fil de vos pensées négatives. C'est pourquoi considérer que le bien être mental est aussi important, que le bien-être physique est absolument nécessaire.

          Le problème est que la santé mentale étant un tabou, ne parler à personne de ses souffrances psychiques, passagères, peut se transformer en difficulté psychique plus importante. La dépression, qui touche 11% des français, en plus d'être une comorbidité de plusieurs maladies chroniques,  est une maladie mentale grave. Une dépression, un état anxieux, est bien plus grave que simplement avoir un petit passage à vide, parce que nous avons eu trop de choses émotionnelles à gérer en même temps, où que nous n'avons pas encore pris le temps d'accepter les changements subits par notre maladie, de décrypter ce que cache chaque émotion négative ressentie. D'un autre côté, tout le monde n'est pas prêt à entendre vos souffrances. Lorsque nous sommes réellement à l'écoute d'un autre être humain, l'on engage l'ensemble de notre charge émotionnelle. Cela demande une capacité de recul, et une profonde connaissance de soi-même, pour percevoir en amont ce qui va nous bousculer, et pouvoir dire stop car nous ne sommes plus en capacité d'entendre, avons besoin d'une pause ou autre. C'est pourquoi, je pense vraiment, qu'un suivi psychologique devrait être inclue à toutes les ALD. Il ne s'agit pas d'un luxe, mais d'une nécessité, car une affection longue durée, signifie forcément vivre des deuils, des frustrations. Et même, si certains d'entre nous ont la capacité de transformer nos souffrances en quelques choses de positif (journal intime, poème, association, toiles, musique....), nous ne le faisons pas seul. Nous pourrons peut-être nous passer des psychologues lorsque la société considèrera enfin la souffrance psychique comme une norme et non une infâmie. Mais même dans ce cas, le psychologue sera bien plus amène de repérer qu'un simple petit coup de mou est en train de se transformer en état dépressif. Bien davantage qu'un médecin traitant, tout simplement car c'est son cœur de métier, comprendre le système de pensée du patient, et l'accompagner non pas à se transformer, mais à accepter ce qu'il est, avec ses forces et ses fragilités. 



          Alors, oser en parler. Dire que l'on ne va pas très bien, c'est déjà commencer à prendre soin de son état psychique et un pas vers un bien-être mental plus apaisé.